EDITION: Octobre - Décembre 2016

Le bonheur est un choix

Jerry Brownstein
Nous voulons tous que nos vies soient pleines de paix, d’amour et de bonheur, alors pourquoi nous fâcher, nous énerver ou nous inquiéter ? Il devrait être facile de choisir nos états d’humeur et nos sentiments, cependant, souvent, des émotions négatives nous envahissent et nous sommes incapables d’en changer. Ces tendances négatives sont enfouies dans les profondeurs du subconscient et ont une forte influence sur les émotions et les actions. La bonne nouvelle est que nous avons la capacité de récupérer le contrôle de ces schémas, et que les solutions commencent par une compréhension de leur fonctionnement et de leur provenance.
 
Nous vivons en pensant que nous choisissons consciemment ce que nous faisons, disons et ressentons, mais en réalité l’esprit conscient est en mode contrôle pendant seulement 5 % du temps, tandis que les autres 95 % de ce que nous pensons et faisons sont contrôlés par notre subconscient. Ces deux types de conscience sont complètement différents. L’esprit conscient a la capacité de créer des pensées et de démarrer des actions, tandis que le subconscient de l’esprit se limite à stocker et répéter les schémas de notre passé. Il enregistre tout ce qui se passe dans notre vie et le conserve pour une utilisation postérieure, mais il n’est capable que de refléter ces expériences passées et n’a pas la capacité de créer des idées ou des actions originales.
 
Nos cerveaux sont structurés de telle manière que, lorsque notre conscient est inactif ou distrait, le subconscient prend automatiquement le contrôle. Par exemple, nous avons presque tous fait l’expérience d’être au volant de la voiture et de nous rendre soudain compte que notre esprit avait été distrait, nous laissant donc plusieurs minutes sans attention à la route. Qui conduisait la voiture pendant que notre esprit était absent ? Le subconscient. Cette base de données subconscientes est utile car elle rappelle comment faire les choses innombrables que nous avons apprises tout au long de notre vie. On peut conduire une voiture, faire du vélo, faire cuire un œuf et danser le tango sans avoir à penser consciemment comment faire, le subconscient enregistrant toutes ces informations et agissant automatiquement. Et c’est très bien quand il s’agit de danser ou de préparer une omelette, mais le problème surgit lorsque l’on autorise les habitudes du subconscient à prendre des décisions qui définissent qui l’on est et la façon dont on agit. Nous allons voir comment l’esprit subconscient est formé pour comprendre pourquoi  il nous pose des problèmes émotionnels.
 
Depuis la naissance jusqu’à six ans environ, l’esprit subconscient n’a pour ainsi dire pas de filtres. Il télécharge et stocke la totalité de son environnement : chaque mot entendu, chaque émotion ressentie, chaque image vue. Cette accumulation d’informations provenant de la famille, la société, la télévision, la religion, etc., devient notre personnalité de base ou esprit commandé. Plus en avant dans la vie, le subconscient continue à être moulé par des influences extérieures au fur et à mesure qu’il absorbe docilement les règles et les croyances de l’école, des amis, de la culture, du gouvernement et des médias. Docilement. On vit en croyant prendre des décisions indépendantes, alors que la grande partie de ce que l’on pense, dit et fait est en fait filtrée par ce système de croyances subconscientes... un système de croyances hérité d’autres personnes. Nous n’avons pas choisi ces patrons subconscients mais ils contrôlent nos émotions et nos décisions.
 
La façon de récupérer notre libre arbitre et le contrôle de notre vie est d’apprendre à vivre de façon consciente. Le subconscient ne prend le contrôle que lorsque l’esprit conscient ne prête pas attention, alors si l’on augmente notre attention consciente, l’esprit conscient sera en mode contrôle beaucoup plus que les 5 % du temps habituels. On peut atteindre ce niveau de conscience plus élevé en cultivant l’attention consciente (mindfulness en anglais), ce qui signifie simplement d’y mettre l’intention pour être en contact avec chaque moment présent, de manière à pouvoir se souvenir d’utiliser notre esprit conscient. Une personne qui fait attention à cela, quand elle se trouve face à un choix sur comment agir dans le monde, résiste consciemment aux réactions automatiques subconscientes et ensuite peut choisir de suivre le guide de sa vision intérieure. Quand on commence à se sentir en colère... ou nerveux... ou préoccupé, on s’arrête pour se poser une simple question : « est-ce la personne que je veux être dans cette situation ? » Si la réponse est non, alors nous pouvons décider consciemment d’agir autrement.
 
Cela semble simple mais c’est tout un défi, car il s’agit de surmonter toute une vie de programmation avec des idées, des actions et des croyances d’autres peuples. Même déterminé à faire attention, il se peut que l’on continue à penser, dire et faire des choses qui ne sont pas en harmonie avec qui l’on veut être... et c’est normal. Il est naturel que ces réactions tellement enracinées persistent, mais il ne faut pas s’inquiéter, car la résistance finira par disparaître si l’on garde l’idée de continuer à prêter attention. La clé est de se rendre compte de quand l’on a suivi inconsciemment un de nos vieux schémas de comportement... et puis de se corriger en douceur. L’esprit se met automatiquement à créer dans le cerveau de nouvelles voies neuronales qui seront alignées avec les nouveaux choix et nos anciennes réactions subconscientes  perdront progressivement leur force.
 
« Un seul pas ne marquera pas un chemin sur la terre, de même qu’une pensée unique ne marquera pas un chemin dans l’esprit. Pour créer un chemin physique visible il faut marcher encore et encore. Pour créer un chemin mental profond nous devons penser encore et encore le genre de pensées que nous voulons qui dominent nos esprits. » (Henry David Thoreau)
  
Ces paroles ont été écrites il y a plus de 150 ans et cependant décrivent parfaitement le fonctionnement de ce que la science appelle voies neuronales : les « autoroutes » qui déplacent de l’information dans le cerveau. Quand on apprend une nouvelle croyance ou un nouveau comportement, notre cerveau crée une petite voie neuronale qui maintient la mémoire de cette nouveauté. Chaque fois que l’on suit cette nouvelle croyance ou comportement, cette voie dans notre subconscient se fait de plus en plus précise. C’est pour cela que nos vieux schémas sont si fermement ancrés dans notre esprit : on les suit inconsciemment depuis la naissance et les renforçons donc. La manière de transformer cette situation est de se rendre compte du moment où l’on réagit selon un ancien programme hérité... puis choisir penser / agir d’une forme nouvelle qui reflète réellement qui l’on veut vraiment être. Chaque fois que l’on fait cela, les nouvelles voies neuronales de ces actions conscientes se renforcent et s’approfondissent. En même temps, les anciennes voies héritées se flétrissent et deviennent faibles faute d’utilisation.
 
Au fur et à mesure que l’on crée intentionnellement ses pensées, ses mots et ses actions afin qu’elles reflètent la personne que l’on veut être, on se rend compte que la prise de conscience commence à évoluer facilement et sans effort dans tous les domaines de notre vie. On devient plus sélectif quant à ce que l’on donne à son corps et quant à la façon de le garder en bonne santé. Nos goûts en musique et loisirs peuvent devenir plus raffinés, ainsi que nos choix sur les endroits où aller, quoi faire et avec qui être en relation. Tout commence quand on décide qu’on ne va plus être à la merci ni être victime de vieux programmes subconscients que l’on n’a pas choisis. Lorsque l’on agit consciemment plutôt que de réagir aveuglément, la vie devient un beau reflet des nouveaux choix faits sur qui l’on est dans ce monde. •