EDITION: Juin - Août 2015

Hommage rendu a Ibiza

Texte: Cat Weisweiller

 
IbiCASA est heureux d’avoir pu rencontrer la célèbre photographe Ines Schramm, résidant sur l’île, afin de discuter de son livre intitulé « Chiefs, Queens, Witches and a Girl from San Juan » (Chefs, Reines, Sorcières et une fille de San Juan).
 
Ines, originaire de Munster, passa grande partie de sa vie à Hambourg et Munich. En tant que petite-fille de photographe et fille d’architecte, sa jeunesse fut naturellement imprégnée de créativité. Elle-même plongea très jeune dans la photographie et fut apprentie pendant trois ans, sous l’œil talentueux du très célèbre photographe Hans Eick.
 
Après une brève histoire d’amour de deux ans entre elle et Ibiza, au début des années 1980, elle retourna en Allemagne pour consolider sa carrière de photographe et concentra surtout son temps à faire des reportages, voyageant à travers le monde et travaillant régulièrement pour les magazines allemands comme Wiener, Zeit Magazin, Stern et SZ Magazin. En 1992, elle prit un temps sabbatique pour pouvoir consacrer son temps à élever ses deux enfants.
 
En l’an 2000, Ines s’embarqua en toute sécurité dans un nouveau voyage vers la photographie. Encourageant la collaboration, afin d’éviter la tendance à l’isolement qu’implique souvent la photographie, Ines fit équipe avec une amie, artiste du maquillage, Katharina Michel, et, ensemble, elles lancèrent conjointement « Photokinder ». Leur but était de photographier les enfants-modèles pour des campagnes d’éditoriales et commerciales. Les succès de leur entreprise comprirent, entre autres, la revue Eltern et une campagne très importante pour Lego.
 
En 2008, Ines ne put résister plus longtemps à l’attraction d’Ibiza et s’installa ici avec ses deux enfants et son mari Niko. La liberté offerte par Ibiza la frappa tout de suite, en contraste avec le régime de travail commercial et presque oppressant auquel elle s’était habituée en Allemagne. Cette liberté et son amour pour Ibiza sont précisément ce qui l’ont conduite à commencer à explorer et capturer l’île avec son appareil photo. Elle ne pouvait pas savoir que ce courant de conscience picturale finirait en publication photographique internationale.
 

 
Le livre qui en résulte, publié par Kerber en espagnol, allemand et anglais, est divisé en sept chapitres, chacun d’eux avec quelques textes brefs suivis d’images. Ines souhaitait laisser les photos ouvertes à l’interprétation personnelle de l’observateur, désirant que le voyage à travers ce livre se fasse dans un esprit de collaboration. Le chapitre un, intitulé « Cala Nova », montre des touristes provenant du monde entier. Le chapitre deux, un de mes favoris, parle de lessives. Oui, vous avez bien lu. Il est important de noter qu’aucune de ces photos n’a été « décorée » ni montée et que, dans cet exercice de véritable art de l’observation, toutes, en disent long sur les propriétaires des affaires accrochées sur les cordes à linge. La vieille expression « une image vaut mieux que mille mots » n’a jamais été aussi appropriée.
 
Le chapitre trois (quelque peu controversé mais nécessaire pour montrer la véritable essence d’Ibiza) s’intitule : « Matanza ». Dans ce document, l’abattage rituel du porc pourrait être une vision inconfortable pour certaines personnes, et, cependant, son appartenance à l’héritage d’Ibiza est irréfutable. Le chapitre quatre vous amène à l’histoire plus gratifiante de la « Casa de Luz » (la maison de la lumière). Ce chapitre parle d’un lord anglais qui céda sa propriété abandonnée sur une colline à diverses personnes (beaucoup de hippies), qui cherchaient un refuge. Il leur laissa sa maison ouverte, ainsi réceptive à leurs soins et développements créatifs pendant une trentaine d’années, jusqu’à ce qu’il revienne à Ibiza et la récupère humblement il y a deux ans. Son nom, la maison de la lumière, lui fut donné par les gens des alentours qui voyaient cette fameuse promenade menant aux nombreuses fêtes qui avaient toujours lieu là-haut, toute éclairée par des bougies.
 

 
Le chapitre cinq, « Chiefs & Queens » (Chefs et Reines), montre la tribu « colorée » des résidents étrangers, reconnaissants, baignant l’île de leur musique, de leur créativité et de leurs forme de vies alternatives. Le chapitre six, « The Forgotten » (les oubliés), nous emmène vers les bâtiments, les intérieurs et les paysages d’Ibiza, dans leurs formes les plus simples, nous séduisant doucement jusqu’à l’émouvant dernier chapitre : « Margalida ». C’est là qu’Ines a capturé avec maîtrise le cœur d’Ibiza, rappelant même aux étrangers les plus anciens sur l’île ce concept de vie paysanne qu’ils avaient peut-être relégué prématurément dans le passé. De merveilleuses femmes âgées habillées de façon traditionnelle faisant découvrir à l’objectif leurs maisons étonnamment simples et leurs vies rudimentaires qui nous rappellent que c’est encore l’Ibiza d’aujourd’hui et qu’elle ne fait pas encore partie du passé. Les images sont dures, mais comme Ines l’affirme dans son livre, la beauté réside dans le fait que cette simplicité de vie est un choix puisque ces « perles d’Ibiza » vivent en effet dans de grandes propriétés de valeur inestimable.
 
Le livre maquetté par l’artiste résident Joel Rice, illustre la vision qu’Ines partage avec tant d’autres personnes, journalistes, cinéastes, photographes et artistes qui veulent montrer la vraie nature d’Ibiza et, ce faisant, contribuent à supprimer les chaînes de cette réputation déformée d’un endroit où n’existeraient que luxe, boîtes de nuit et drogues. Qu’Ines ait fait quelque chose à ce sujet et avec beaucoup d’aplomb en dit long sur elle. À tel point que les résidents et les publications locales en ont fait les louanges, non seulement pour nous montrer l’île sous un regard rafraîchissant et authentique, mais aussi pour contribuer à l’esprit originel de la véritable Ibiza et redonner à ses habitants un sens renouvelé de fierté et reconnaissance. Ines, une voix résidente étrangère peu entendue jusqu’à présent, a réitéré une déclaration de respect et d’appréciation pour l’île au nom de nous tous… •