EDITION: Octobre - Décembre 2013

Guarana – Musique live et danse toute l’année

Texte: Cat Weisweiller

Guarana est un bar/club établi à Santa Eulalia depuis bientôt vingt ans. Nous avons décidé d’entrer en contact avec celui qui fut son propriétaire au fil des ans, Alex Picazo-Arias, afin de connaître son histoire et ses projets.
 
Alex est né à Valence en 1976. Deux ans plus tard, ses parents décidèrent de s’installer à Ibiza avec lui et ses deux frères aînés. Alex garde d’attachants souvenirs de l’école où il étudiait sur les collines de San Antonio, entourée de forêts de pins. Là, son inspiration créatrice pouvait circuler sans entrave, ce qui l’amena, en secondaire, à gagner des prix de peintures, à être remarqué aux Championnats d’échecs et à aimer la musique avec passion. Inspiré par la musique progressive et psychédélique de groupes tels que Pink Floyd, Alex apprit à jouer de la guitare dès son enfance et continua plus tard à jouer dans toute l’île avec divers groupes.
 

 
Pendant l’été qui suivit la fin de ses études secondaires, il décida de ne pas les poursuivre au delà, et de se mettre dans la restauration. Peu de temps après, son appétit combiné pour les affaires, la restauration et la musique fut comblé à jamais par un vieux local qui était resté vide dans le port de Santa Eulalia. Le local en question avait été donné à son père en 1986, en échange de sa contribution pour avoir dirigé une grande partie de la construction dudit port.
 
La famille se mit à rénover le bâtiment dans l’idée d’ouvrir le premier et unique lieu de tout Santa Eulalia, à l’époque, dédié à la musique en direct : Le Guarana. Toutefois, la mairie, sensible au risque de compromettre un quartier résidentiel familial, tarda longtemps à leur délivrer la licence de musique live. Ceci ne les découragea pas et le Guarana ouvrit ses portes plus tard la même année, avec le DJ résident Matt Caseli, créant une ambiance underground, jouant principalement un style électro et garage. Il va sans dire que les jeunes de la région accueillirent avec joie cet endroit si bien situé où il était possible de danser jusqu’à l’aube.
 

 
En 2000, le Guarana, ayant fait ses preuves, reçut sa licence de Café-concert, ce qui leur donna l’idée d’un renouvellement, nettoyage, nouvel éclairage… Le local se trouva d’un coup catapulté vers la célébrité sociale. Il rouvrit avec de la musique live tous les dimanches : « En ce temps-là, il n’y avait rien à faire le dimanche après-midi. Tous les restaurants étaient occupés à midi, nous avons donc vu que ce serait judicieux de remplir ce manque en offrant des séances de musique après le déjeuner, donnant aux gens l’occasion de profiter d’une dose de fête sans que cela ne les empêche d’aller se coucher à une heure raisonnable pour reprendre le travail le lundi matin! » Dans ce but, Alex attira des groupes importants de toute l’Europe pour jouer, comme l’artiste talentueux algérien Amar Sundy, de Paris, ou le célèbre groupe espagnol de blues, Los Reyes del K.O.
 
Cette injection de musique live se transforma bientôt car il en incorpora en semaine également, ainsi que des musiciens pour accompagner les DJ, avec souvent Alex à la guitare, ce qu’il continue de faire aujourd’hui encore. Alex avoue qu’il aime travailler dur : « j’aime faire tout au maximum. » Suivant cette tendance, il acheta, en 2009, le restaurant d’à côté, le renouvela et ouvrit « le café ». Il s’en occupa pendant deux ans, « jusqu’à ce que je découvre dans ma propre chair, que mener un restaurant ainsi qu’un club était vraiment trop de travail! » Alex loua le restaurant, et un an plus tard, se rendit compte qu’il avait besoin de faire une pause dans la restauration. « Après 15 ans au sommet, je risquais de me brûler et je voulais dédier un bon temps à mes filles. »
 

 
Le café et le Guarana loués, cette année consacrée à ses filles (Mareike, 15 ans et Mia, 5 ans) était juste ce dont Alex avait besoin pour nourrir son esprit entrepreneur et le faire ensuite revenir à la tête de ses affaires avec encore plus d’énergie. « J’ai passé des moments géniaux avec mes filles, et je ne changerais cela pour rien au monde. Mais après avoir mené le Guarana pendant 17 ans, j’étais prêt à y revenir. » Cet été, Alex était de retour avec la ferme intention d’introduire encore plus de musique live dans la zone, montrant de nouveau qu’une bonne pratique commerciale se doit d’évoluer avec son temps. « Ibiza change, elle fait un nettoyage de surface. C’est notre travail de nous adapter à ces changements et de servir un marché de plus en plus sophistiqué. Survivre dans le monde des affaires dépend des efforts pour monter les échelons, être concurrentiel et s’améliorer ».
 
Dans un dernier geste cathartique de la musique live, Alex a transformé la cabine du DJ en scène pour les groupes. Tout au long de l’été, le Guarana a ouvert ses portes 7 nuits sur 7, de 20h jusqu’à 06h, avec musique live du jeudi au dimanche – toujours encadrée par les sessions de son résident DJ Tom (connu comme Mr. Squid). L’époque underground est déjà bien loin et la musique électronique a mûri de la main d’Alex et de ses clients habituels. « Nous offrons maintenant un mélange éclectique de surf et rétro funk et même house vocal, latin et jazz ».
 

 
Au cours de l’hiver, le Guarana se joint au peu d’endroits sur l’île offrant de la musique live, fidèle à son engagement avec les résidents locaux, en proposant une ambiance confortable pour danser et une scène pour accueillir les meilleurs talents de l’île, quelle que soit leur nationalité, notamment les talents locaux si appréciés comme La Mala Hierba. Pour ne pas mentionner la possibilité, offerte aux résidents de l’île pendant toute l’année, de danser jusqu’à l’aube.
 
Quant à Alex, il est clair qu’il est infatigable. « Dans deux ans, j’aurai passé la moitié de ma vie à tenir le Guarana » dit-il à la fin de l’entrevue. « Ibiza a une capacité incroyable de renouvellement, tel le Phoenix ». Puis, comme on le regarde d’un air interrogatif, il explique : « Dans la mythologie grecque, le phoenix est un oiseau ayant une très longue durée de vie et qui se régénère ou renaît de manière cyclique. Associé au soleil, le Phoenix revient à la vie en renaissant des cendres de son prédécesseur. Je pense que c’est la meilleure façon de décrire l’évolution d’Ibiza, qui a passé d’être une île de discothèques hardcore à quelque chose de plus ample ». Il semble que le Guarana et son propriétaire évoluent de la même manière, de plus en plus réputés pour offrir une musique live et un local nocturne où se retrouver avec les amis. •