EDITION: Février - Avril 2010

ONU, ACCORD CLIMATIQUE?

Ana Digón


Le groupe de travail de l'ONU consacré au développement et la négociation d'un ”accord sur le climat” (groupe appelé Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, CMNUCC), a tenu un sommet à Copenhague le mois de décembre dernier, où se sont négociées les règles à suivre pour que les pays: a) s'adaptent au chaos climatique dont nous sentons déjà les effets, et b) mitigent ou diminuent leurs émissions de gaz d'effet serre, reconnus comme une des causes de l'accélération du changement climatique.

L'ONU suit la règle de ”un pays, un vote” et les décisions sont prises par consensus, ce qui signifie que, en théorie, aucun groupe de pays ne peut décider de laisser les autres en marge. Ceci est une des valeurs positives du processus de l'ONU, mais aussi une de ses limitations. Bien que ce soit un processus plus juste que ceux dans lesquels seuls dirigent les riches, il est certain que cela finit par des situations tendues et confuses comme celle de Copenhague, où certains pays ont été accusés de bloquer le processus, tandis que des pays faibles ont été intimidés par d'autres plus puissants – et aucun accord n’en a résulté. Malgré cela, le fait que l'ONU soit l'espace diplomatique et politique où doit se négocier un tel accord global, est accepté.

Le résultat visible du sommet est l'Accord de Copenhague, un document négocié au dernier moment surtout par les USA et les pays du bloc appelé BASIC (le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Inde et la Chine). Cet Accord n'est légalement pas astreignant et ne satisfait personne: certains sont gênés par le fait qu'il ne fixe pas les objectifs et les moyens qui permettraient à des gouvernements et à des entreprises d’avoir ”leur part du gâteau” du changement climatique, le transformant en un produit de marché et en obtenant ainsi des bénéfices de cette transaction; d'autres sont déçus car ni les négociations ni l'Accord n’abordent les raisons réelles des crises interconnectées auxquelles nous sommes confrontés (chaos climatique, effondrement financier, dégradation environnementale, injustice sociale, chômage, crise alimentaire…). Plus en plus de gens se rendent compte que le processus des négociations climatiques sert à perpétuer un modèle capitaliste/néo-libéral qui, par sa persistance à obtenir toujours plus de bénéfices et une croissance économique sur une planète finie, serait, en fait, responsable de telles crises


Il est évident que certains pays ont énormément profité du modèle économique existant et se sont transformés en ”nations développées” du Nord global (appelés pays de l'Annexe 1 par la CMNUCC), tandis que ceux qui en ont le moins profité sont les ”pays en voie de développement” du Sud global. Ironiquement, ces derniers sont et seront les plus touchés par les conséquences directes du chaos climatique, et souhaitent un accord qui établisse des systèmes financiers et technologiques qui soient réalistes et justes. Ils ne veulent pas que les pays du Nord leur imposent leurs technologies, et préfèrent recevoir de l’aide pour développer les leurs. Certains veulent recevoir une compensation pour leur rôle de soigneurs des puisards de carbone de la planète, et que leur soit payée la ”dette écologique” qu’ils pensent leur être due, tandis que d'autres refusent de limiter leurs émissions puisque ceci supposerait mettre un frein à leur croissance industrielle et économique fleurissante, maintenant que le moment leur est enfin propice.













Il est évident que les pays développés du Nord, sont en train de faire face à la crise financière actuelle et de travail, et n’ont pas envie de compromettre davantage de fonds pour une adaptation et mitigation, voyant déjà réduite leur capacité d'investir dans leur propres pays.

Selon le contenu de l'Accord, les pays développés recourent, comme stratégie principale, à la compensation par émissions (offsetting en Anglais), ceci signifiant qu’ils pourraient acheter le droit de contaminer d'autres pays qui contaminent moins (normalement, les pays en voie de développement), ou planter des arbres pour résister à leurs émissions. Toutefois, certains experts informent du fait que l'offsetting ne servira pas à réduire les émissions, et qu’il s'agit d'une façon dangereuse et peu efficace de manier un problème énorme qui nous affecte à tous, et qu’en fait, tout cela a pour but de dévier l'attention de la tâche fondamentale qu’est celle de réduire notre dépendance aux combustibles fossiles.

Un autre sujet qui n'a pas été abordé par l'Accord, mais qui fut beaucoup débattu à Copenhague, est le lien entre agriculture et climat. Des calculs récents indiquent que l'agriculture industrielle et les processus qui l'accompagnent (depuis les pesticides jusqu’au transport), ajoutent jusqu'à 50% des émissions globales – alors qu’elle ne produit que le 30% seulement de l'alimentation humaine. Ceci est difficile à imaginer pour ceux qui vivent dans l'Ibiza moderne, mais les petits producteurs qui se consacrent à l'agriculture, à la pêche artisanale, le pacage, la chasse et la récolte nourrissent en fait 70% de la population de la planète. Malgré cela, les tendances actuelles, telles qu’elles ont été vues à Copenhague, promeuvent clairement l'expansion du modèle alimentaire industriel, qui suppose une menace très réelle pour tous les petits producteurs.

Entre la confusion et la tension des négociations, une voix s’est élevée, claire et nette: celle de la société civile internationale qui s'est réunie au Sommet des Peuples, appelé Klimaforum09. Ce sommet parallèle a lancé une déclaration qui dénonce la fausseté des solutions marchandes débattues par le processus de l'ONU, et présente toute une série de propositions. Toutefois, il a reçu peu d'attention de la part des moyens de communication et a été ignoré par le processus officiel de la CMNUCC.




Ce qui a été clair à travers tout ce processus, qui continue toujours, c’est que nous, citoyens du monde, ne pouvons pas attendre que les politiciens résolvent le problème climatique – il revient à chacun, à chaque famille, à chaque communauté, de prendre des décisions appropriées dans nos vies quotidiennes: en choisissant d'acheter, cultiver écologique ou de préparer des repas écologique, en soutenant les producteurs locaux, en mangeant moins de viande, en utilisant moins la voiture et plus le transport public, en produisant moins d'ordures et en recyclant celles que nous produisons… Il existe de nombreuses manières de contribuer à accomplir nos ”objectifs” personnels et être plus aimables avec l'environnement… et les futures générations.



Text: Ana Digón


Dans de prochaines éditions Ibicasa nous informerons
sur plusieurs sujets autour des négociations climatiques de l'ONU.